Les plateaux Laporte revus par Le Parisien

Dans la zone industrielle de Formerie, vu de l'extérieur, l'usine Laporte ne paie pas de mine.
C'est tout juste si les automobilistes la remarquent. Et pourtant… C'est ici que sont produits les plateaux de ball-trap, ces petits disques creux lancés en l'air pour être pulvérisés par des tireurs, et qui seront utilisés en 2016 lors des Jeux olympiques de Rio (Brésil) puis à Tokyo (Japon) en 2020 (lire ci-dessous). Et 2024, avec la candidature de Paris, pourrait être une belle consécration.
Les plateaux Laporte revus par Le Parisien
Dans la zone industrielle de Formerie, vu de l'extérieur, l'usine Laporte ne paie pas de mine.

C'est tout juste si les automobilistes la remarquent. Et pourtant… C'est ici que sont produits les plateaux de ball-trap, ces petits disques creux lancés en l'air pour être pulvérisés par des tireurs, et qui seront utilisés en 2016 lors des Jeux olympiques de Rio (Brésil) puis à Tokyo (Japon) en 2020 (lire ci-dessous). Et 2024, avec la candidature de Paris, pourrait être une belle consécration.

Chaque jour, 750 000 cibles, autrefois appelées pigeons d'argile, sortent des unités de production de Formerie.Mais le groupe Laporte a ses racines dans le sud de la France. Le siège social se trouve à Biot (Alpes-Maritimes). Là-bas, Jean-Michel Laporte, le Pdg, dispose d'une unité fabriquant les machines à lancer les cibles. Aux usines de Formerie et de Bottesford (Angleterre), la conception des plateaux de ball-trap.« Nous sommes les seuls au monde à faire les deux, c'est-à-dire les machines et les pigeons », se réjouit Jean-Michel Laporte qui a racheté à un concurrent l'usine de Formerie en 2000. Dans le nord du département, douze variétés (de taille, de poids) y sont produites selon les spécialités de ball-trap.

Notamment le « Pigeon flash », le produit phare du groupe Laporte, utilisé lors des JO (lorsque le disque est lancé dans le ciel à une vitesse oscillant entre 100 et 130 km/h, il libère une poudre de couleur lorsqu'il est touché par les plombs). Les clients se répartissent au moins dans 90 pays entre les établissements publics, les clubs de tir, les fédérations de chasse…

La société fabrique aussi des plateaux pour d'autres marques comme Décathlon.

Les cibles en argile Laporte seront utilisées aux JO de Rio et Tokyo (LP/F.C.) « On est bien dans l'Oise », poursuit le patron. Si bien que l'entreprise familiale a prévu d'agrandir de plus de 50 % sa surface et sa production d'ici à 2017. « Notre production annuelle est de 140M de plateaux. On vise une production de 240M », indique Nourallah Fatealy, le directeur du site de Formerie. Cet accroissement devrait se traduire aussi par une hausse de « 50 % de la main-d'œuvre », complète Jean-Michel Laporte.

L'usine compte actuellement 21 salariés, voire une trentaine lorsque l'activité s'accroît en fonction des commandes.Investir, investir et toujours investir, reste le credo de ce sexagénaire, pas disposé à prendre sa retraite. « Je vise la croissance externe en rachetant des entreprises », dit-il. Innover aussi.

Depuis plusieurs années, la société investit dans la recherche et multiplie les dépôts de brevets. Dont ceux concernant le tir à l'arc sur cibles mobiles, une autre spécialité de l'entreprise. « Nous élargissons notre gamme », explique le Pdg. Et pour diffuser les innovations de sa société, Jean-Michel Laporte a lancé une application WeShoot, un réseau social dédié aux sports de tir. 

Au centre le Pdg Jean-Michel Laporte et ses deux fils Frédéric (à gauche) et Thomas (à droite). (Groupe Laporte.)

Il a dû raconter des milliers de fois l'histoire de l'entreprise. Mais Jean-Michel Laporte, le PDG, la raconte àson interlocuteur comme si c'était la première, avec une passion intacte. Avant lui, son grand-père et son père étaient à la tête de la société Laporte. Après lui, ses deux fils, Frédéric et Thomas prendront certainement le relais.

A l'origine, la société Laporte était spécialisée dans les travaux publics. Pour permettre à ses amis chasseurs de continuer à s'entraîner en dehors de la période, Emile Laporte lui-même passionné de chasse, a mis au point en 1927 un des premiers lanceurs manuels de plateaux. En créant au sein de l'entreprise une division ball-trap, il lance aussi les premiers pigeons d'argile en France. « Mon grand-père est décédé dans les années 1930. Pierre, son fils, a pris le relais », précise Jean-Michel Laporte. Après la guerre, l'entreprise innove, se développe. Pierre utilise la première machine automatique pour fabriquer des pigeons. « Il a créé la fosse universelle (NDLR : un lanceur), a lancé plein de disciplines », poursuit l'actuel PDG. Parmi lesquelles le Rabbit, une cible roulante qui imite la trajectoire d'un lièvre dans les parcours de chasse.

En parallèle, le père de Jean-Michel ouvre la Siesta, un complexe sportif et boîte de nuit mythique à Antibes (Alpes-Maritime). « Je voulais devenir reporter-photographe à l'époque mais c'est à La Siesta que j'ai appris comment gérer une entreprise », confiait Jean-Michel Laporte aux Echos en juillet dernier.En 1972, la production annuelle de pigeons atteint jusqu'à 10 millions d'unités. Pierre Laporte décède alors. « Je lui ai succédé », dit naturellement le patron. Le fils continue d'innover, d'investir pour le sport de loisirs comme pour la chasse. Le groupe est fragilisé dans les années 1990 après un problème avec le géant américain Winchester. Mais il parvient à sortir la tête hors de l'eau pour reprendre sa place de leader. Un souvenir vite balayé par Jean-Michel Laporte quand on l'évoque.Ses deux fils, Frédéric et Thomas, sont à ses côtés.

Le premier s'occupant du e-commerce.F.C.Neuf sélections pour les compétitions olympiques (Groupe Laporte.) C'est une vitrine, mais quelle belle vitrine ! A neuf reprises depuis son histoire, l'entreprise Laporte a été fournisseur exclusif des Jeux olympiques pour le ball-trap. L'aventure a commencé en 1960 lors des JO de Rome (Italie).

Puis les sélections se sont enchaînées en 1964 à Tokyo (Japon). En 1976, Jean-Michel Laporte à la tête de l'entreprise rafle les JO de Montréal (Canada) et quatre ans plus tard ceux de Moscou (Russie). Vingt-quatre ans s'écoulent avant de voir réapparaître Laporte au rendez-vous mondial des sportifs à Athènes (Grèce). Leur sixième contrat avec les JO s'effectue à Pékin (Chine) en 2008 : « C'était un peu compliqué », se souvient Jean-Michel Laporte. Entre les Anglais, les Italiens, les Finlandais, la concurrence est rude. On retrouve le fournisseur de la famille royale d'Angleterre aux JO de Londres en 2012. Aux tests de sélection (qualité, technologie, longévité), Jean-Michel Laporte indique les avoir réussis « haut la main ».

Il sera là également en 2016 aux JO de Rio (Brésil). Pour les futurs qui se dérouleront dans cinq ans à Tokyo (Japon), le PDG explique avoir déjà installé les 68 machines afin que « l'équipe japonaise puisse s'entraîner ».« Les JO, c'est une vitrine, confirme Nourallah Fatealy, le directeur du site de Formerie. On va tirer 300 000 cibles unités pour l'événement, soit une demi-journée de travail. Mais les fédérations sachant que Laporte a eu les JO, vont permettre à leurs tireurs de s'entraîner sur les mêmes plateaux ».F.C.Les clés 12variétés de pigeons d'argile fabriqués par le groupe Laporte.

15 M€ de chiffre d'affaires consolidé réalisé par la société en 2014.60 € HT le prix moyen de 1 000 pigeons d'argile.80 salariés répartis sur les trois sites (Biot, Formerie et Angleterre). Dans l'Oise, ils sont 21.90 pays où le groupe Laporte exporte.140 millions la production annuelle de pigeons d'argile à Formerie.3 000 lanceurs automatiques de cibles fabriqués chaque année dans l'usine de Biot (Alpes-Maritimes).